Ce samedi avait lieu à Dijon (21) le vingtième BarCamp, qui a rassemblé une
soixantaine de brainstormers dans les locaux du Campus Teletech.
L'occasion de rappeler (et de diffuser) le concept, mais aussi d'en tirer quelques éléments de
réflexion, permettant de mieux comprendre la situation de l'entrepreneuriat en France.
Commençons par rappeler ce qu'est un "BarCamp":
Un événement collaboratif et participatif qui rassemble des individus d'horizons variés le temps de quelques heures,
afin d'échanger et de partager de manière conviviale sur des thématiques diverses, dont le point commun est de s'appuyer sur les nouvelles technologies.
Concrètement ça se passe comment ?
Un groupe de gens propose un thème (la cuisine, le vin, les voyages, la banque, les financements de la culture,
l'entreprise de demain,...) et une date pour un événement.
Une invitation est lancée via les réseaux sociaux, et tous les documents préparatoires seront mis à disposition des
intéressés, pour consultation et modification éventuelle (dimension collaborative).
Lors de l'événement chacun arrive avec : 3 mots pour se définir, un plat et une boisson à partager, une ou plusieurs
idées de débat ou de questionnement liées au thème.
Ces idées sont collectées et regroupées par sous thèmes, donnant lieu à des "ateliers" organisés
spontanément par les participants et donnant lieu à chaque fois à une restitution qui sera ensuite mise en ligne en accès libre (dimension participative).
Qu'est-ce que ce n'est pas ?
Une opération de publicité de la part d'une structure (entreprise ou institution).
Une conférence d'experts, ou une journée de formation gratuite.
Un lieu de prospection pour consultants.
Logo réalisé par Jean François Evenou
Quelques exemples des thématiques abordées lors de ce BC#20 :
- Les réseaux sociaux personnels et professionnel: s'y retrouver et mieux les utiliser
- Vine : comment utiliser cette nouvelle appli ?
- Google : comprendre et utiliser avec dicernement
- Identité numérique - personnal branding - e reputation
- Collecte de fonds et nouvelles technologies : l'avènement du crowdfunding
- Opensource, Opendata
- le Cloud
- Wordpress pour les nuls
- Droit à l'image et détournements (avec la problématique du traitement de l'image)
- Ateliers PAO : initiation Photoshop
- S'initier au mindmapping et à ses applications
- La mouvance des FabLab: comment les nouvelles technologies peuvent redynamiser le tissu économique local, tout en
créant du lien social.
Restitution et captation des différents ateliers, en vue de leur partage
Des ateliers qui, cette fois, ont alterné format de débats ouverts et format de primo-formations, mais en conservant toujours ce même parti
pris, typique de l'esprit "BarCamp" : des échanges et du partage, faisant de chaque participant un acteur investi.
Une hybridation orientée donc vers l'apport concret d'éléments de réflexions utiles pour mieux s'approprier les "nouvelles technologies", à
titre personnel ou professionnel, et qui semble avoir séduit la plupart des participants, qu'ils soient novices ou plus aguerris. (voir les premiers retours page Facebook dédiée).
La preuve qu'il n'est pas d'âge pour apprendre en s'amusant... et que hors des horaires de bureaux, notre pays compte nombre de passionnés et de
curieux, pour s'investir bénévolement dans des expériences qui, pour sembler ludiques, n'en sont pas moins de véritables incubateurs d'innovation et de mise en réseaux.
Or notre monde, et le constat en fut fait en de diverses occasions lors de cette journée, a plus que jamais besoin d'innovation, que ce soit
dans les modes de production, les modes de communication, les business modèles, le management, la formation, etc...
Tous domaines où notre pays joue son avenir, et nous tous, notre devenir.
Atelier en cours par Emmanuel Mignot
Malheureusement, l'observation de la typologie de fréquentation de ce genre d'événement, pourtant largement connu maintenant sur le
territoire bourguignon, et dans le cas présent bien relayé dans les médias locaux*, nous livre quelques indices éclairants pour comprendre les difficultés de l'entreprise
française.
Lesquels sont-ils ?
1- Très peu d'étudiants
Comme si la réflexion et l'échange, hors du cadre contraint de leur scolarité, n'étaient pas considéré par eux comme un enjeux de leur devenir (encore moins un plaisir).
D'ailleurs les BarCamps qui ont pu être réalisés au sein d'établissements scolaires, se sont malheureusement, souvent révélés décevants, autant sur
le critère quantitatif (présence des seuls responsables du projet), que sur le critère qualitatif (investissement personnel et créatif a minima...).
A croire que le formatage scolaire qui, depuis l'école primaire, ne les acclimate ni au travail en groupe, ni au débat d'idées, ni à la créativité,
les rendrait (pour beaucoup) imperméables à des modalités d'apprentissage plus personnelles, dont le "retour sur investissement" ne serait pas immédiat et chiffrable.
2- Très peu de chefs d'entreprises
(hormis des libéraux, indépendants ou micro-entrepreneurs).
Ce qui révèle sans doute la large méconnaissance (ou mauvaise presse) encore, des "nouvelles technologies de l'information et de la
communication" dans notre pays.
Et l'idée persistante que ce sont là: gadgets, affaires de geeks, ou activités de loisir (quand elles ne sont pas une redoutable
menace)...
Ce qui dit aussi le peu de disponibilité qui demeure à des entrepreneurs surchargés, on le sait, de paperasse et de charges, et qui sont si bien le
"nez dans le guidon" à tenter de garder "la tête hors de l'eau" qu'ils n'ont plus de temps, ni pour se former, ni pour garder l'oeil ouvert à ce qui se fait ailleurs, avec
d'autres, autrement.
Difficile dès lors, d'être en capacité de sentir les vents, pour s'adapter et évoluer...
3- Pas de représentants institutionnels
(pas même sur le secteur des NTIC)
Certes, il y avait ce jour-là d'autres impératifs pour nos élus (inauguration de la rue piétone, Jazz en ville, ...), cependant on peut également y
voir, là encore, l'illustration d'une relative méconnaissance des enjeux que représente l'usage des NTIC dans la dynamisation de l'activité économique d'un territoire.
Tout comme l'indice d'une sous-estimation des réseaux informels dans les processus d'innovation et de création, lesquels, à terme, sont pourtant des
vecteurs essentiels de création de richesse.
Un tableau un peu critique, je vous l'accorde, pointant la contreproductivité générée par une organisation à la fois très segmentée, très
hierarchisée et très verrouillée des gens et des compétences, dans notre pays:
- formations scolaires et professionnelles unidimensionelles
- culture du diplôme plutôt que de la compétence
- management pyramidal descendant
- attachement à la reproduction plutôt qu'à l'innovation
- culte des réseaux officiels et institutionnels
- évaluation de la productivité en synchronie plutot qu'en diachronie
- ...
Un état de faits qui résulte certes de contraintes, mais aussi d'une culture du "silo", qui n'est hélas plus adaptée à la complexité du
monde qui se dessine.
Florence Rigneau traduisant graphiquement la primo-formation WordPress
Quelque glorieux qu'ait été notre passé, quelqu'efficace qu'ait été notre organisation du "vivre ensemble" durant les derniers
siècles, l'entreprise de demain, pas plus que les institutions, ou les individus, ne pourra espérer vivre durablement hors de son temps, de ses nouveaux usages et de ses nouveaux
marchés...
Il va donc donc falloir que très vite que nous prenions le train de l'Histoire en marche, si nous voulons avoir une chance de sauvegarder ce
qui fait nos valeurs humanistes, tout en garantissant ce qui fera notre survie.
* mécéné la fois par: Le Bien Public, La Gazette, L'ESC, L'agence NTIC, la CCI de Côte d'Or, Teletech Int., et le Crédit Agricole
Champagne-Bourgogne